APPROFONDIR
“Je rêverais d’être superficiel et
de faire le tube de l’été. J’en suis
incapable. Approfondir est un
plaisir mais aussi une nécessité.
J’ai besoin d’aimer, de connaître,
d’approfondir mes personnages.
C’est une passion. Je ne pourrais
pas faire autre chose.”
DICTIONNAIRE
“Une de mes plus grandes sources
de rêveries est le dictionnaire.
Certains y voient l’équivalent
d’un bottin de téléphone, c’est
tout l’inverse pour moi. Même
lorsque je traquais le nom de la
série, je me laissais guider par
l’émotion. Sang... Sans...
Cendre... Sombre... Sambre.”
ECHAPPEES
“Au bout d’un temps, on se
rend compte qu’on ne contrôle
pas un personnage ou que le
contrôler serait l’appauvrir.
S’il reste systématiquement
dans le cadre, il s’atrophie.
Les échappées lui sont bénéfiques.
C’est sa vérité, sa santé.”
ENFER
“Chez Victor Hugo on passe de
l’enfer au paradis, et plus l’enfer
est montré, plus le paradis est
mis en valeur. Sambre appartient
à ce registre de l’exacerbé.
C’est une mythologie adolescente
qu’il faut pousser toujours plus
loin, jusqu’au bout.”
ENTONNOIR
“J’écris toute la vie d’un personnage
pour, à l’arrivée, n’en garder
trois gouttes. C’est un principe
d’entonnoir qui appartient
à Sambre.”
ESQUISSE
“Il me serait difficile de trouver
mon travail abouti, ce ne sont
que des esquisses. Il y a quelque
chose de foncièrement frustrant
dans ce que je fais. Mais la vie
n’est qu’une esquisse, on ne
passe jamais à l’encre.”
FEMMES
“Dans Sambre, les personnages
féminins ont au moins autant
d’importance que les hommes.
C’est une des rares séries à oser
parler d’émotion. La plupart des
hommes, auteurs ou lecteurs,
ont des problèmes avec leurs
propres émotions, et la BD est
d’abord une culture masculine.”
GAINSBOURG
“Le risque de se perdre dans
l’esthétique n’existe pas pour
moi. Je ne cherche pas à faire
joli. J’essaye même de faire mon
deuil de cette quête perdue
d’avance. La laideur perdure
plus que la beauté, comme
disait Gainsbourg. Ce qui reste,
c’est le cri, l’expression, cette
défaite de la beauté.”
GUERRE DES YEUX
“Elle est beaucoup plus importante
que Julie et Bernard.
Ils sont le produit d’une tragédie
familiale, mais que deviendront
leurs enfants? Vont-ils répéter
les erreurs de leurs parents?
Ça, c’est la grande question. Je
suis père et ce type de questions
m’interpelle, forcément.”
MALEDICTION
“Les Sambre ne peuvent pas
aimer. Mon travail est de rendre
crédible cette thèse. Je fais appel
au mécanisme du destin, ressort
par excellence de la tragédie.
Le destin qui se reproduit de
génération en génération tient en
partie à l’identification, en partie
à autre chose qui est peut-être
génétique. Tout Sambre tourne
autour de ce nœud.”
MERES
“La problématique de Julie qui
se demande si elle peut être
femme sans être mère est celle
que vivent beaucoup de femmes
actuelles. Qu’un homme se pose
des questions de femme me
paraît intéressant ! Où serionsnous
si seules les femmes
avaient le droit de s’interroger
sur elles-mêmes? Ce serait du
sexisme caricatural.”
ORGASME
“Quand je dessine, il n’y a plus
aucun discours qui tienne. Il n’y
a plus que des sensations. Je
dessine une pierre, je sens la
pierre, je suis la pierre, je suis
dans sa matière. Cela va au-delà
du romancier qui entre dans
la vie de son personnage.
Je m’investis carrément dans
le minéral ou dans le végétal.
Le but est d’atteindre une forme
d’orgasme où l’on touche à la
matière, au vivant.”
PROXIMITE
“Julie est le personnage dont je
me sens le plus proche, celui qui
prend le plus de place, celui qui
traverse tous les épisodes. Je m’y
retrouve et pourtant elle est une
femme, complexe de surcroît.
De tous, Bernard m’est le plus
étranger. C’est probablement
pour cette raison que j’ai choisi
de le faire mourir.”
PUBLIC
“J'ai de la chance d'avoir trouvé
un public fidèle, qui me suit
dans mes errances et malgré
mes absences. Un public aussi
passionné et romantique que la
série.”
PUZZLE
“Je renonce à écrire cette histoire
dans l’illusion qu’elle a une
origine et une fin. J’écris des
fragments d’une histoire beaucoup
plus vaste, qui a commencé
avant Bernard Sambre.”
RETOUR
“Le second cycle de Sambre est
né de la manière la plus simple
et la plus joyeuse qui soit. J’étais
alors en plein XXe Ciel mais,
c’était plus fort que moi, j’avais
envie de commencer le scénario
de Sambre. Par pur plaisir.
Il n’y avait pas de contrat signé,
pas d’avances de droits à justifier.
Cela représentait la suite de
l’histoire que j’avais envie de
lire, aussi simple que cela.”
VIEILLIR
“Dès le début, je désirais inscrire
les Sambre dans le temps, faire
en BD ce qu’a fait Alexandre
Dumas avec Vingt ans après.
Des personnages qui vieillissent,
c’est mon rêve depuis toujours.
La BD, bien mieux que le cinéma,
offre cette possibilité.”